Retour sur la Nuit Nanarland 2025

Samedi 20 septembre 2025 a eu lieu au Grand Rex la Nuit Nanarland 8, qui est également l'avant-dernière 1. Pour l'occasion, l'équipe du site Nanarland nous a dégotté une sélection exceptionnelle de 4 films nanardesques à souhait à visionner de 19h30 jusqu'à 8h du matin. Petit retour sur cette longue nuit, durant laquelle votre serviteur n'a pas dormi 2 histoire de s'en coller plein les mirettes.

Fight of Fury (2020)

Fight of Fury est un film d'arts martiaux produit et réalisé par Shuny Bee, un professeur de jeet kune do (inventé par Bruce Lee) originaire du Népal et installé à New York. Comme dans beaucoup de films qui sont des projets « passion », il incarne le premier rôle, un prof de jeet kune do, originaire du Népal et installé à New York. Je ne fais pas un AVC, il se joue grosso lui-même, dans un long-métrage à sa gloire puisqu'il va être le héros d'une sombre histoire de vengeance. Le scénario est épais comme deux cheveux (Shuny recueille une jeune femme traquée par la mafia) et est avant tout un prétexte pour que Shuny démontre ses prouesses martiales à l'écran, en tentant une imitation vocale médiocre de Bruce Lee. Ce qui pourrait être un simple film de kung-fu à deux balles est transcendé par un montage 100% raté mais toujours surprenant, mêlant faux raccords, raccords dans l'axe et fascination étrange pour les voitures qui démarrent 3.

Bien sûr, pas la peine d'élaborer sur la technique: la direction d'acteur est inexistante, les dialogues semblent avoir été écrits par un enfant de huit ans et les scènes se passent toutes dans le même décor bricolé à la va-vite, à l'exception d'un combat d'anthologie qui se passe dans un jardin, entre les parpaings et le barbecue. Bref, on est sur un vrai nanar d'action et je rigole encore rien que d'y penser à l'inanité absolue des bastons.

Il faut saluer le travail remarquable de Nanarland qui a importé le film pour la première fois en France et qui a donc produit un sous-titrage pour nous projeter une VOSTFR de grande qualité.

Shuny travaille paraît-il sur un deuxième opus, puisque le premier film se termine sur un odieux cliffhanger. Espérons qu'il y parvienne, en attendant je vous laisse avec la bande-annonce avant de passer au second film.

Voyage of the Rock Aliens (1984)

Retour quarante ans plus tôt avec un film musical qui sent bon les années 80: Voyage of the Rock Aliens, de James Fargo. Long-métrage au pitch assez bizarre (des aliens fans de musique explorent la galaxie à la recherche du rock, qu'ils finissent par trouver sur Terre), prétexte à enchaîner des scènes à sketchs qui se suivent sans jamais se ressembler. Difficile de dire s'il s'agit d'une bonne comédie musicale façon série Z qui a un peu trop abusé sur le port'nawak, ou si c'est un vrai nanar pur jus. Les costumes sont bariolés, les effets spéciaux pas honteux mais généralement débiles, les dialogues à la limite de la parodie et le jeu d'acteur fait penser à Tex Avery plus qu'à The Wall. Et pourtant, il faut avouer que dans le genre parodie de Grease/West Side Story, ben le film tape plutôt dans le mille. Dee Dee, jouée par Pia Zadora (chanteuse un peu populaire à l'époque) est tiraillée entre Frankie, son copain blouson noir, et le fraîchement débarqué Abcid, un alien donc. Ajoutez par-dessus des chansons plutôt catchy, d'autant que Nanarland encore une fois nous a offert un sous-titrage karaoké qui a ambiancé le Grand Rex comme jamais, et l'ensemble s'avère pas désagréable à regarder.

Il y a semble-t-il débat pour savoir si Voyage of the Rock Aliens est un authentique nanar, ou bien une parodie réussie. À mon avis, il s'agit bel et bien d'un authentique nanar. Si les bases sont évidemment parodiques, c'est une parodie qui a échappé à tout bon sens de création, dérapant dans le n'importe quoi de façon incontrôlée et s'écrasant dans le mur de la bêtise. Attention tout de même, car il faut une bonne dose de résistance à la pop mielleuse des années 80 pour supporter le film, comme en atteste la bande-annonce.

Les Fantastiques Supermen Chinois (1976)

On continue à remonter les époques pour arriver aux Fantastiques Supermen Chinois, composition baroque qui mêle des extraits de Kamen Riders (un super sentai japonais extrêmement populaire, une sorte de Power Rangers avec des motos) et des nouvelles scènes tournées à l'occasion par des producteurs taïwanais peu scrupuleux. Oui, on est à peu de choses près sur un 2-en-1. Donc, au programme, 1h30 de faux Power Rangers, avec des héros en costume flashy qui tapent des monstres en latex avec moults acrobaties et effets sonores à base de pif, paf, pouf, woosh et pistolets lasers. Le scénario est à crever de rire (l'organisation Satan envoie ses deux meilleurs généraux, le Docteur Mort et l'Agent des Enfers, conquérir la Terre et est arrêtée par un jeune héros flamboyant désigné pour rejoindre les Super Riders, des super-motards insectes, relisez ça à voix haute et dites moi si c'est pas ridicule), mais c'est surtout la réalisation qui sublime l'ensemble. Les effets spéciaux sont d'une pauvreté absolue, ce qui n'empêche pas le réalisateur de vouloir en caser trois par scènes, avec des roulades, des saltos, des explosions et des course-poursuites tout simplement épatantes de mollesse. Le doublage français est en permanence à côté de la plaque, de toute évidence enregistré à la va-vite et avec fort peu d'attention portée à la qualité de la traduction.

Encore une fois, l'équipe de Nanarland n'a pas démérité puisque nous avons pu visionner le film grâce à une copie 35 mm exceptionnelle de la VF, stockée à la Cinémathèque française. Jetez un œil à la bande-annonce pour vous convaincre que c'est le film à regarder si vous êtes fan de Power Rangers, ou de super sentai en général.

Crocodile Fury (1988)

Pour clôturer la nuit, c'est Crocodile Fury qui a été désigné, un film culte du site Nanarland. Film deux-en-un, il mélange des extraits d'un film thaïlandais (Krai Thong 2) et une poignée de nouvelles scènes hong-kongaises, tournées avec des acteurs occidentaux. Tout est réécrit et redoublé pour donner l'impression que le film est cohérent, même si la supercherie ne tient pas plus de dix minutes. Le scénario est tout bonnement inexplicable, mais peut se résumer grosso modo à « la financée de Jack est morte et s'est réincarnée en un crocodile qui terrorise le village, obéissant aux ordres de la méchante sorcière Monica ». C'est à se pisser dessus de rire, tant rien n'a de sens. Les personnages (pour beaucoup joués par des thaïlandais) ont des noms américains stéréotypiques, comme le grand méchant sorcier du nom de... Cooper. Les acteurs occidentaux des nouvelles scènes jouent comme des patates, avec un doublage français qui parachève de transformer le moindre dialogue en concours de qui pourra donner l'intonation la plus inappropriée possible à ses répliques. Sans trop gâcher la surprise, il faut voir la marionnette de crocodile bouffer des villageois à la chaîne et les zombies-vampires cracher puis ravaler des poissons pour comprendre que réaliser un film n'est pas donné à tout le monde.

Nanarland nous a présenté une version restaurée depuis une VHS car le film est hélas introuvable en qualité supérieure. Toutefois, la bonne nouvelle, c'est qu'il disponible en intégralité sur YouTube et je ne peux que vous recommander de trouver quelques potes, du pop-corn, et de lancer ça pour occuper une soirée d'hiver.


  1. techniquement la dernière, puisque l'Ultime Nuit Nanarland programmée pour 2027 sera un best of de quatre films déjà diffusés lors des nuits passées. 

  2. à peine somnolé pendant le troisième film. 

  3. ou qui s'arrêtent. 

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