Critique de film - Papamobile

Poussé par une curiosité détraquée, j'ai vu le désormais célèbre Papamobile (2025), comédie de Sylvain Estibal dans laquelle le sosie du pape (Kad Merad) est enlevé par la patronne d'un cartel mexicain (Myriam Tekaïa). Sur le papier, le film semble doté d'une bonne génétique : Estibal a été journaliste spécialiste du Mexique, son premier film (Le Cochon de Gaza) a décroché le César du premier film en 2012 et la présence de Kad Merad dans le rôle principal est plutôt prometteuse.

Bon, la réalité en a voulu autrement, preuve que le génotype n'est pas le phénotype. Le film s'est fait descendre par la critique (à raison, on y reviendra), le producteur (Jean Bréhat) avouant au Canard Enchaîné qu'il considérait le film « raté ». Pour vous dire, The Jokers a même refusé de le distribuer au cinéma au-delà d'une sortie technique, initialement prévue dans sept salles et aucune à Paris 1. Le bad buzz ayant eu son petit effet dans la presse, Papamobile a finalement obtenu une sortie confidentielle dans une trentaine de salles pour moins de 500 entrées, d'après les derniers chiffres que j'ai pu trouver. En dépit du tollé critique et commercial, Kad Merad a pas mal défendu le film dans les médias, allant jusqu'à affirmer chez Puremédias : « Dès le départ, le film était très particulier, très insolite, très curieux, très atypique. [...] Le film est ce qu'il est, moi je l'aime, je le trouve intéressant et insolite. Comme l'a dit le réalisateur, ou ça passe ou ça casse. Bon ça a plutôt cassé. ».

Je ai visionné Papamobile avec des attentes élevées, espérant un authentique nanar et la réalité est plutôt décevante. Sans être une catastrophe absolue, c'est un beau foirage. Le synopsis est loufoque mais sert de prétexte à quelques sympathiques gags absurdes qui m'ont fait rire de bon cœur (les équipements débiles de la papamobile, notamment). Pourtant, dans l'ensemble on ne rit pas beaucoup dans cette comédie, l'humour étant complètement sabordé par un timing comique aux fraises. Le montage est assez lunaire : on a l'impression qu'il manque la moitié des plans de transition, les scènes coupent abruptement ou traînent en longueur, ce qui contribue à donner un sentiment de scénario sans queue ni tête. Le rythme n'est pas aidé par les têtes d'affiche. Myriam Tekaïa surjoue pour un oui pour un non sans que l'on comprenne si c'est volontaire ou accidentel, tandis que Kad essaie désespérément de rendre drôle des dialogues assez ennuyeux mais ne parvient le plus souvent qu'à sourire bêtement devant la caméra.

C'est dommage parce qu'on sent qu'il y a de l'idée, notamment sur l'image qui comporte quelques jolis plans dans les 1h20 que durent le film. L'introduction bénéficie notamment des décors naturels mexicains, un atout qui sera vendangé pour le reste du film qui se déroule pour la majeure partie dans des intérieurs interchangeables et des jardins génériques. Le scénario est absurde, pourquoi pas, c'est moins gros sabots que les comédies françaises pouet pouet ou beaufs qui cartonnent habituellement. Le problème, c'est que Papamobile semble être un brouillon d'un film, comme si l'équipe avait débarqué au Mexique sans storyboard ni liste de plans à tourner. Ce qui est confirmé en creux par le réalisateur, qui affirme que « C’était un tournage un peu empirique, avec beaucoup d’improvisation. » Estibal se réfugie ainsi beaucoup lors des interviews derrière l'excuse du manque de moyens et du « sixième degré », prétextant un film fauché mais assumé 2. C'est complètement hypocrite. Premièrement, le sixième degré n'excuse en rien les vannes qui tombent à plat à cause d'une exécution foireuse. Deuxièmement, si le manque de moyens est bien réel (1,2 million d'euros contre quasiment 3 millions prévus au départ), il n'impacte que des scènes qui étaient de toute façon trop ambitieuses pour ce qu'elles apportent au film. Un simple exemple : le scénario prévoit que les personnages vont du Mexique au Vatican en sous-marin. Problème, il n'y a pas d'argent ni pour une maquette, ni pour des CGI. Donc Estibal filme à la place Kad et Myriam dans un genre de clip aquatique sur fond de chanson d'amour. Pourquoi ? C'est pas drôle, ça sort du film et ça se réglait très facilement en retouchant le scénario. Et ce genre d'anecdote se décline à l'envie sur la plupart des scènes : le crocodile télécommandé, les plans de Rome qui viennent de Dijon, les stock shots, et j'en passe. 3

Le véritable indice qui montre que le film n'était pas fini, c'est la présence régulière et injustifiée de la voix off, qui sert à la fois à expliquer le scénario et à gratter quelques minutes de film pour des raisons de contrat de diffusion sur Amazon Prime Video 4. Si je persiflais un peu, la présence de nombreux « Estibal » au générique de fin donne un peu l'impression que le réal s'est payé un délire de vacances au Mexique avec la famille, une vague idée de film en tête mais sans le moindre plan concret. Maintenant, il se réfugie derrière « les autres ». Le crocodile télécommandé ? C'est parce qu'il s'est fait arnaquer par le dresseur de crocodile sur place. Pas d'establishing shots ? La prod' a réduit le budget donc on il a fallu tourner au Mexique les scènes du « Vatican » plutôt qu'en Italie. Et de défendre mordicus un film sous prétexte qu'une poignée de spectateur⋅ices auraient trouvé ça super et original, alors que c'était évident qu'il a fallait faire un four. Je crois volontiers Sylvain Estibal quand il annonce avoir voulu réaliser un film d'auteur, et que ses ambitions ont souffert du manque de moyens. Mais qu'une équipe professionnelle délivre un résultat aussi inabouti est à mon avis le symptôme d'un manque de préparation et de vision cohérente d'un bout à l'autre du film.

Est-ce qu'il faut voir Papamobile ? Honnêtement, ça ne vaut pas le coup et je ne recommande même pas un visionnage pour rire. C'est un film à l'exécution ratée, un résultat médiocre construit sur ce qui était sûrement une montagne de bonnes intentions, mais qui souffre d'une absence de vision et d'une exécution trop bricolée pour être réussi. Habemus napus.


  1. il semblerait que le contrat prévoyait au départ 200 000€ de frais de sortie et de promotion du film, que The Jokers a refusé de débourser vu le résultat. 

  2. tiré de l'édifiant article du Point qui interroge Estibal sur les conditions du tournage. 

  3. idem. 

  4. le premier montage faisait 1h15 alors que Prime exigeait 1h30. Il semblerait qu'un accord ait été trouvé pour une durée intermédiaire de 1h22. C'est étonnamment long. 

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