Une certaine déception au visionnage de ce film, que j'avais vu il y a plus de dix ans et qui m'avait beaucoup ému. Le Maître d'école est un film de Claude Berri, sorti en 1981, adaptant plus ou moins le livre Journal d'un éducastreur dans lequel Jules Celma, à l'époque instituteur suppléant, prônait des méthodes d'éducation laissant plus d'autonomie aux élèves. Dans le film, Gérard Barbier (Coluche) est un tout jeune instit' remplaçant qui découvre le métier dans une école de banlieue, tenue par le pète-sec directeur (Jacques Debary) et où il aura pour collègues la dépressive Mademoiselle Lajoie (Josiane Balasko) et le syndicaliste Monsieur Meignant (Roland Giraud). Ce scénario permet à Claude Berri de dépeindre avec bonne humeur les craquelures du système scolaire dans la France du début des années 80, avec pour toile de fond l'arrivée de Mitterrand à la présidence.
Au bout du compte, le film enchaîne des scènes avec peu de lien entre elles, se contentant de balayer les sujets « du moment » : débat sur la peine de mort, homosexualité, multiplication des divorces, nouvelles méthodes pédagogiques, santé mentale et surtout manque de moyens de l'éducation nationale. La salle de classe permet d'exprimer des opinions candides par la bouche des enfants, qui sont bien sympathiques et semblent s'être bien amusés sur le tournage avec Coluche. Mais le fond demeure assez convenu : les enfants sont notre avenir, on doit se donner les moyens de les éduquer et il ne faut pas faire prof si on n'aime pas les enfants, ce que le ministère oublie un peu facilement.
Bon. Après 40 ans de politique d'austérité, difficile de ne pas voir dans le film une forme de naïveté sans borne. Les faibles moyens dont se plaignent les personnages prêtent à sourire quand on connaît l'état de l'école en 2025. Et les personnages n'ont pas conscience de ce qui les attend, créant une frustration terrible au visionnage. Par exemple, lorsque Mademoiselle Lajoie est en arrêt maladie pour plusieurs jours, c'est Barbier qui récupère une partie de ses élèves. Puis les syndicats interviennent : hors de question, il faut faire revenir un remplaçant. Non, dit le directeur, il n'y en a pas de disponible. Le « compromis » proposé par Barbier consiste finalement à... se coucher et à continuer à remplacer Lajoie, compliquant ainsi son métier pour ne pas pénaliser les parents et les enfants. Bref, on compense le manque de moyens en se crevant à la tâche pour faire tourner la boutique. Une morale qui fera rire jaune les fonctionnaires.
Il y a aussi un passage franchement embarrassant quand Barbier accueille chez lui une gamine ayant fugué suite à une dispute entre ses parents, qui a je trouve très mal vieilli et illustre bien cette naïveté du propos.
Pour le reste, Le Maître d'école offre tout de même quelques moments touchants, où l'on entrevoit un film qui aurait été non pas une comédie, mais un drame social. Il semblerait que Coluche était en dépression lors du tournage, ce qui explique peut-être cette jovialité forcée qui a du mal à prendre.
Sur le plan technique, l'image est assez banale, mais elle retranscrit fidèlement cette banlieue lointaine que sont les Yvelines des années 80. Richard Gotainer a écrit spécialement le thème du film qui m'est bien resté en tête, même si dans l'ensemble la musique est plutôt discrète.
Dans l'ensemble, je n'ai pas retrouvé l'émotion que j'avais ressenti lors de mon premier visionnage. Je crois que Le maître d'école dépeint une époque révolue, où les inquiétudes des chocs pétroliers se croisaient à l'optimisme timide qui a suivi la victoire de la gauche aux élections. Si le message d'amour aux enfants qui est au cœur du film est intemporel, quatre décennies plus tard, ses questionnements politico-sociaux semblent bien ingénus.