Critique de film - Cash

Je vous en parlais déjà hier, j'ai vu le film Cash cette semaine, deux jours avant Yannick, un autre film avec Raphaël Quenard dans le rôle principal. Ce qui est amusant, c'est que son phrasé, son vocabulaire et sa posture sont quasiment les mêmes dans les deux films, instaurant une sorte de continué non-officielle, bref, un RQ Cinematic Universe qui n'a de sens que pour moi. Trève de bavardages, parlons du long-métrage qui nous intéresse.

Cash est un film de gangster français, mêlant arnaques et braquages au fin fond de la Beauce, puisque l'intrigue se place dans une ville rarement vue sur grand écran : Chartres. Forcément, c'est un cadre qui me parle puisque j'ai passé mon enfance et mon adolescence dans les champs à la limite entre le 91 et le 28. Dans Cash, la ville est dominée par une famille blindée de pognon : les Breuil, qui possèdent une usine de mise en bouteille de parfums de luxe. Face aux notables, Daniel Sauveur (Raphaël Quenard, donc) a bien l'intention de leur faire à l'envers, après que les Breuil aient détruit son business de livraison quelques années plus tôt. Il se fait embaucher comme manutentionnaire et embarque son pote Scania 1 (Igor Gotesman) dans une série de petites embrouilles qui vont rapidement leur faire prendre du galon dans le microcosme des voyous chartrains.

Le film est réalisé par Jérémie Rozan, dont c'est à ma connaissance le premier long-métrage. Il signe également le scénario, qui s'inspire à la fois des films de braquage de Soderbergh (un peu les Ocean's mais surtout l'excellent Logan Lucky) et de productions françaises, comme la série Family Business. L'histoire est efficace, punchy et bien rythmée. Les personnages sont archétypaux sans être des caricatures, Antoine Gouy est détestable en fils Breuil, et la liste des seconds couteaux est longue comme le bras 2. La mise en scène n'est pas la plus inventive qui soit mais elle est pleine d'enthousiasme, avec quelques bonnes idées piquées aux classiques du film de gangsters, notamment de Scorsese (narrateur en voix-off, bande son omniprésente, arrêts sur image).

Le film s'appuie un peu trop sur le personnage de Sauveur, laissant Raphël Quenard porter le scénario à bout de bras. Alors oui, Daniel est un personnage attachant. Loin d'être un génie du crime, c'est surtout un mec lambda, né dans une petite ville française, qui se transforme en escroc pour rendre la monnaie de leur pièce aux véritables voyous du coin : les Breuil. La gouaille de Quenard est un vrai plus, et donne un cachet assez marqué qui m'a rappelé l'accent de Statham dans Snatch. Pourtant, un bon film de braquage doit aussi savoir s'appuyer sur son équipe, et donner la possibilité aux seconds rôles de s'épanouir. Ce n'est pas vraiment le cas ici, alors que le potentiel scénaristique des deux bras droits de sauveur, Scania et Virginie, était énorme 3. C'est peut-être une « erreur de jeunesse » de Rozan, qui semble douter en permanence que le public réussisse à suivre les détails de l'arnaque et se concentre donc sur un seul personnage, dont la voix-off rappelle régulièrement la situation et la suite du plan.

Pour terminer, difficile de ne pas mentionner le commentaire politique de Cash. Il est assez superficiel pour être réellement intéressant, pour autant ça ne signifie pas qu'il n'est pas réussi. Celles et ceux qui ont vécu dans une de ces bourgades moyennes de la France voient sûrement très bien comment leur canton est dominé par quelques familles de notables bien bourgeois. Cash, c'est la vengeance des classes populaires fantasmée par beaucoup de gens, au travers du « crime légitime ». Là où Reprise en main s'imaginait comme un Ken Loach franchouillard, Cash est plutôt un Guy Ritchie beauceron. Ok, tout n'est pas parfait, mais c'est réjouissant de voir le cinoche français s'emparer d'un genre qu'il a souvent boudé. Alors si Cash peut nous permettre de voir plus de gangsters de province, je signe illico.


  1. oui, comme les camions, même si à mon grand désarroi, on ne verra pas beaucoup d'action en semi-remorque dans le film. 

  2. on retrouve avec plaisir Agathe Rousselle qui passe de Titane à un rôle de DRH désabusée, Youssef Hadji (Le Daim) en homme de main discret et efficace, ainsi que Younès Boucif (Drôle), Irina Muluile (Le Bureau des légendes) et bien d'autres. 

  3. à la place, on se retrouve avec une sous-intrigue amoureuse à deux balles dont on se serait bien passés. 

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